MANIFESTE du MUPAN


L'Afrique noire est actuellement la partie du monde où les populations souffrent de sous-développement dans tous les domaines.
Cette situation est absurde et paradoxale.
Les populations de l'Afrique noire ont développé dans leur histoire des civilisations ingénieuses qui ont bâti des empires remarquables par leur degré de développement. L'Afrique noire regorge aussi de nombreuses richesses sur son sol et dans son sous-sol. Le sous-développement actuel est donc inacceptable.
L'Afrique noire croupie, hélas depuis plus de cinq siècles, dans une situation où les africains noirs pourraient être considérés comme des damnés de la terre.
Cette situation est une conséquence de l'histoire de la rencontre de l'Afrique noire avec l'Europe. Par deux fois, l'Afrique noire a été défaite et humiliée par les systèmes politiques et économiques et les moyens militaires de l'Europe. Coup sur coup, au 15ième et au 19ième siècles, l'Afrique noire fut réduite en l'esclavage, puis exploitée par un colonialisme féroce et déshumanisant, au bénéfice de l'Europe. Après ces deux défaites mémorables, l'Afrique noire subit encore aujourd'hui l'exploitation néocoloniale de l'Europe.
Pendant longtemps, les pouvoirs politiques et l'intelligentsia de l'Afrique noire, ont fait croire aux populations africaines noires que leur développement et leur bonheur étaient intimement liés à la mansuétude et à l'aide au développement de la même Europe qui les a pourtant asservies pendant plus de cinq siècles. C'est cette compréhension illogique du développement qui explique pourquoi la classe politique d'Afrique noire est incapable de trouver des solutions pour sortir les populations du sous-développement chronique dans lequel elles sont plongées depuis si longtemps.
Cette incapacité à trouver des solutions viables s'est illustrée, encore une fois, en 1963 à la création de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA). Un moment stratégique raté, après cent ans de colonisation et quatre siècles d’esclavage.
Au lieu de mettre en route le processus de rassemblement des forces et moyens des Etats nains, hérités du découpage colonial imposé en 1884 à Berlin par les puissances de l'Europe, la quasi-totalité des chefs d'Etats de l'Afrique, exceptés KWAME N'KRUMAH et MILTONE OBOTE, ont choisi de privilégier leurs accords avec les anciennes puissances coloniales, au détriment d'un accord fécond pour la naissance d'une Afrique nouvelle, prête à se donner les moyens pour faire face aux enjeux de son développement.
Depuis cette époque funeste, les populations de l'Afrique noire n'observent, dans les actions des pouvoirs politiques africains, aucune lueur d'espoir pour la fin de ce cauchemar.
Le panafricanisme effectif, dans tous les domaines (économique, technologique, industriel, agricole, militaire, diplomatique...), c'est la solution pour lancer le développement sociopolitique et économique autocentré de l'Afrique noire. Même si l'Afrique noire doit emprunter pour son développement, des solutions qui ont fait leur preuve ailleurs, notamment celles venant d'Europe, les africains doivent savoir que personne ne viendra développer l'Afrique à leur place.
Le découpage colonial de 1884 qui a créé des Etats nains oblige les africains à construire leur unification d’abord et avant tout.
L'objectif à terme, doit être la construction des Etats Unis d'Afrique. Cette idée n’est pas nouvelle, elle a été émise et documentée par KWAME N’KRUMAH en 1963, il disait déjà : ‘l’Afrique doit s’unir ou périr’. La situation aujourd’hui n’est pas différente. Les organisations d’unité existantes sont trop liées aux intérêts européens, ce qui les rend inefficaces. Les Etats africains sont individuellement trop liés aux intérêts européens dont ils dépendent. Ils oublient la vérité essentielle suivante : les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. Dans leur aveuglement illogique, Ils ne peuvent donc que servir les intérêts des Etats européens qui les dominent.
Seules les rapports de force sont déterminants dans les relations entre les Etats et au niveau international. En conséquence, les africains doivent cesser d’attendre l’Europe pour leur développement. Ils doivent aussi cesser d’accuser l’Europe de tous leurs malheurs. L’histoire des peuples est faite de rencontres heureuses ou malheureuses avec d’autres peuples. Il n’y aura donc pas de plan Marshall de l’Europe pour les africains.
De nos jours, seules les Etats de dimension continentale peuvent prétendre influer sur la conduite du monde. Si les Etats Unis d’Amériques sont devenus en moins de deux siècles, la première puissance économique, militaire et diplomatique du monde, c’est principalement grâce à la taille continentale de l’Etat et aux moyens économiques, financiers, humains, aux richesses du sol et du sous-sol disponibles en quantités importantes, que les anciennes puissances coloniales (Angleterre, France et Espagne, principalement) d’où sont partis l’essentiel des colons pour la conquête de l’Amérique ont été supplantées. Les européens l’ont si bien compris qu’ils ont été obligés de créer l’Union européenne (UE) pour se donner des moyens pour mieux résister à l’ascension de nouvelles puissances mondiales et à la concurrence internationale qui s’est considérablement accrue.
Pour l'heure, il est indispensable de construire les fondations en réalisant l'unification des populations. Cette dimension populaire, négligée par les pionniers du panafricanisme au 20ième, explique en grande partie leur échec.
En effet, dès la fin de la deuxième guerre mondiale (1945), les populations des colonies africaines de l’Europe étaient entrées dans une phase décisive de leur lutte contre le colonialisme pour recouvrer leur liberté confisquée. La mobilisation était visible dans toutes les régions d’Afrique. Sous la pression de cette mobilisation, la France, l’Angleterre et la Belgique furent contraints d’accorder l’indépendance à leurs anciennes colonies. Dans la période allant de 1950 à 1965, la quasi-totalité des colonies étaient devenues indépendantes. Mais les leaders politiques de l’époque n’ont pas su valoriser cette mobilisation populaire qui a permis d’avoir ces indépendances, juste formelles au départ, les nouveaux Etats n’ayant aucun moyen pour leur gestion postcoloniale. Par la suite, la composante populaire ayant été négligée ou marginalisée, le néocolonialisme s’est installé dans toutes les anciennes colonies.
Pourquoi cela a-t-il été possible?
L’explication se trouve dans le fait que c'est l’unification qui aurait pu permettre aux populations d'Afrique noire de redevenir maître de leur destin, en leur donnant les armes pour mieux résister aux tentatives de déstabilisation ou de reconquête et pour dépasser les conflits qui naitraient nécessairement entre leurs différentes composantes.
Malheureusement, les classes politiques et l'intelligentsia actuelles qui auraient pu accélérer ce processus d'unification des populations d'Afrique noire, ont étalé leur incapacité à remplir une telle mission. Les classes politiques sont souvent à l'origine des nombreuses confrontations sanglantes entre des groupes ethniques qui retardent cette unification.
Le MUPAN a l'ambition de contribuer à la construction de l'unification des populations d'Afrique noire à la base.
Les tentatives d'unification par le sommet, entreprises depuis plus de cent ans (1900), n’ont pas abouti aux objectifs visés. Elles ont donc atteint leur limite. Il ne reste que le processus impulsé à la base comme unique solution actuellement, si les populations d'Afrique noire veulent reprendre leur destin en main.
L'unification à la base ne peut pas échouer, car ce sont les populations à la base qui sont les principales victimes de cette exploitation qui n’a que trop durée. Si elles sont correctement sensibilisées, la mobilisation des populations à la base pour la cause de l’unification sera irrésistible. Elles constitueront la force d'opinions qui obligera les pouvoirs politiques à travailler enfin pour l’intérêt des africains. Elles seront aussi le meilleur rempart pour empêcher la prospérité des politiciens sans vergogne, cupides et affairistes qui encombrent l’espace politique africain et qui sont devenus les courroies de transmission de l'exploitation néocoloniale.
Cette unification ne sera pas facile. Elle sera longue. Elle s'étalera peut être sur des générations d'africains.
L'important actuellement, c'est de relancer le message de la nécessité de l'unification et se mettre au travail.
Le MUPAN est panafricaniste. Il couvre donc tous les Etats d’Afrique noire. Il n’est pas un mouvement politique de conquête du pouvoir. Il a un fonctionnement totalement décentralisé.
Dans chaque Etat, les citoyens convaincus par cet idéal doivent constituer une section nationale du MUPAN. Les sections nationales peuvent se subdiviser en sous-sections en cas de besoin.
Les membres du MUPAN dans les sections et sous-sections nationales doivent se donner la mission d’élargir la base du mouvement par les moyens légaux dans chaque Etat. Ils doivent sensibiliser, par tous les moyens à leur portée, les populations à l’idée de l’unité populaire de l’Afrique noire face au reste du monde. Ils doivent enfin sensibiliser les populations à l’avènement des Etats Unis d’Afrique comme seule solution pour sortir du sous-développement et accéder au développement social, économique, industriel et technologique.
L'intelligence des populations africaines d’aujourd’hui et de demain permet de garder l'espoir d'un avenir meilleur pour l’Afrique noire.
En avant pour la construction des Etats Unis d’Afrique.